Vérité et réconciliation: retour sur cinq ans d’engagement pour la justice sociale

Cela fait cinq ans que le Groupe d’action pour la justice sociale de la Cathédrale Christ Church («SJAG») a commencé à travailler avec la commission de vérité et réconciliation du Canada («CVR»). Depuis, le groupe agit pour faire amende honorable et réparation pour les souffrances causées par le système des pensionnats autochtones. En l’honneur de ce cinquième anniversaire, Viser haut ! présente ici un aperçu de l’histoire des pensionnats indiens et une chronologie des efforts déployés par SJAG pour en atténuer les effets résiduels.

De 1831 à 1996, le gouvernement canadien a mené un programme d’assimilation agressif, arrachant de leurs foyers des centaines de milliers d’enfants autochtones pour les loger dans des institutions. Loin de leur famille, de leur culture et de leur environnement familier, les enfants ont souffert de malnutrition, de violence physique, et d’agressions sexuelles; plusieurs y ont même trouvé la mort. Ces injustices continuent d’avoir de graves répercussions sur la vie et le bien-être des collectivités des Premières Nations, des Métis et des Inuits du Canada et demeurent un obstacle important à la réconciliation. Voilà ce qui a motivé les membres de SJAG à appuyer le mandat de la CVR de rectifier les injustices commises dans les pensionnats indiens afin que puissent être établies « … de nouvelles relations reposant sur la reconnaissance et le respect mutuels. »

Pas de démagogie

Lors d’une présentation au CÉGEP Vanier l’automne dernier, Brenda Linn, membre de SJAG qui travaille de près avec les peuples autochtones depuis longtemps, déclarait : « Quant à la façon dont nous travaillons avec eux, nous ne pouvons que rester à leurs côtés, les écouter, apprendre d’eux, soutenir leurs valeurs environnementales et lâcher prise. »

Le groupe s’est donc surtout affairé à promouvoir l’appel 62 de la CVR et à faire de la sensibilisation par le biais de discussions. Selon Vivian Lewin, lectrice laïque autorisée très active au sein de la congrégation, il s’agit surtout de se rendre à des réunions et de faire du lobbyisme en coulisses. « Ce travail que les gens font assis dans des salles de réunion n’est pas spectaculaire et ne coûte rien, c’est un don de temps et d’attention, une autre façon de manifester le Christ dans le monde », dit-elle.

SJAG et la CVR, chronologie

  • Janvier 2013 : Anne Douglas, membre de SJAG et du département d’anthropologie de l’Université McGill, est invitée à assister à la conférence de presse de lancement des audiences de la commission de vérité et réconciliation à Montréal. Ceci retient l’attention et capte l’intérêt des autres membres du groupe, qui décident de faire tout en leur pouvoir pour soutenir le processus.
  • Le 11 avril 2013 : Avec la bénédiction de SJAG, Jan Jorgensen organise une soirée de contes, de poésie et de tambour avec Sandra Sjollema et les activistes d’Idle No More. Idle No More est un mouvement populaire qui prône la souveraineté autochtone et la protection de la terre et de l’eau. Les recettes de l’événement sont remises à l’organisme Sisters in Spirit, une initiative menée par des femmes autochtones pour étudier, éduquer et sensibiliser sur la question de la violence envers les femmes des Premières Nations.
  • Vivian Lewin photographie un panier devant recevoir les larmes aux audiences de la commission de vérité et réconciliation. (Photo: Vivian Lewin.)
    • Du 24 au 27 avril 2013 : Des membres de la Cathédrale Christ Church et de SJAG, y compris un membre dont la famille a été touchée par les pensionnats, assistent aux audiences de la commission de vérité et réconciliation à Montréal. Au fil de quatre jours d’auditions, les survivants et leurs familles racontent leur vécu. Il y a aussi visionnement de films et distribution de matériel éducatif contextuel pour aider l’auditoire à mieux comprendre les témoignages. Au moins deux membres de SJAG sont présents chaque séance.
    • Du 31 mai au 21 juin 2015 : La cathédrale Christ Church et 50 autres églises anglicanes à travers le pays font sonner leurs cloches pour sensibiliser le public à la question des femmes autochtones disparues et assassinées. Tous les mercredis, la cathédrale sonne le glas 1122 fois en l’honneur des femmes assassinées et disparues, selon leur nombre relevé par la GRC au moment de la planification de l’initiative. Le geste a pour objectif d’encourager les gens à se renseigner sur le sujet et sur ce qu’ils peuvent faire pour changer les choses.
Isabelle Gagné du peuple Mohawk danse dans le Square Wallenberg. (Photo: Vivian Lewin.)
  • Le 2 juin 2015 : Les membres de SJAG se rendent aux activités de clôture de la commission de vérité et réconciliation à Ottawa. Un membre se porte bénévole pour la durée des cérémonies. La publication du rapport final de la commission inspire les paroissiens et SJAG à poursuivre leur travail et leur engagement.
  • Le 3 juin 2015 : L’ancien doyen J. Paul Kennington passe à l’émission radiophonique Homerun où il parle de la question des femmes authochtones assassinées et disparues.
  • Le 7 juin 2015 : SJAG parraine un événement intitulé « Justice for Indigenous Peoples ». Cette discussion avec modérateur fournit une occasion aux Autochtones et aux non-Autochtones de donner leur point de vue sur les conclusions du rapport de la CVR et de déterminer les prochaines étapes à suivre pour faire avancer le processus de la réconciliation au Canada.
  • Le 11 juin 2015 : pour honorer le début de nouvelles relations suivant le rapport de la commission de vérité et réconciliation, SJAG organise une réunion en plein air au Square Wallenberg avec les aînés et les dirigeants de la communauté mohawk. « Ce fut un événement aigre-doux », dit Brenda Linn. « On se rendait enfin compte de la grièveté de ce qui s’était passé [dans les pensionnats], mais il y avait aussi des danses et des tambours et un esprit porteur d’espoir. »
  • Février 2016 : SJAG demande aux membres de la congrégation de décider lequel des 94 appels à l’action ils désirent activement poursuivre. « Nous avons choisi l’appel 62 », explique Brenda, « parce que beaucoup d’entre nous avaient un lien avec le domaine de l’éducation. Plus fondamentalement, beaucoup d’entre nous ont été impressionnés par les propos du juge Murray Sinclair, qui déclarait, en présentant le rapport de la CVR  : “C’est l’enseignement qui nous a plongés dans ce gâchis, mais l’enseignement est aussi la clé de la réconciliation.” »

    Plénière de fermeture de la séance de formation du 30 avril 2016. (Photo: Vivian Lewin.)
  • 30 avril 2016 : SJAG et la cathédrale Christ Church organisent une activité de formation d’un jour sur l’appel à l’action 62. Des représentants autochtones et des spécialistes des établissements d’enseignement sont invités à guider SJAG sur la manière la plus efficace de soutenir l’appel. Kevin Deer, ancien directeur de l’école Kahnawake Survival School, fait part à l’assemblée des défis particuliers rencontrés par les enseignants dans sa communauté.
  • Été 2016 : SJAG invite la congrégation à participer à une campagne épistolaire demandant la réforme du programme d’enseignement secondaire québécois selon les critères énoncés dans l’appel 62. Les membres de la paroisse envoient plus de 70 lettres au gouvernement du Québec.
  • Le 4 décembre 2016 : SJAG tient une discussion sur la Déclaration intitulée History Curriculum Statement transmise par Carol Meindl, directrice générale de la Quebec Federation of Home and Schools Association.
  • Fin 2016 : SJAG répartit la moitié de son budget de sensibilisation pour l’année 2016 entre le refuge Montreal Native Women’s Shelter, l’organisme Native Montreal, et l’école Kahnawake Survival School.

    Joseph Hafner, membre de SJAG, avec une affiche prônant la réforme du programme d’enseignement.
  • Le 13 février 2017 : Mme Meindl sollicite un appui pour que soit présenté  au gouvernement du Québec la déclaration History Curriculum Statement ayant fait l’objet de discussions en décembre. Au nom de SJAG, Jan Jorgensen lui répond : « Nous avons accepté à l’unanimité d’appuyer vos demandes au gouvernement du Québec. Il est essentiel qu’ils commencent immédiatement à travailler avec les commissions scolaires pour produire du matériel pédagogique supplémentaire reflétant la diversité du Québec. »
  • Le 20 mai 2017 : SJAG et plusieurs représentants de la cathédrale participent à une conférence interreligieuse sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, sur laquelle se fondent en partie les recommandations de la CVR. Le travail découlant de la rencontre se poursuit.
  • Fin 2017 : La totalité du don de sensibilisation de SJAG pour l’année 2017 est remise au Centre de santé Montreal Urban Indigenous Health Centre.
  • 4 février 2018 : Pour faire suite à son travail sur les recommandations de la CRV, SJAG invite l’avocate Catherine Fagan à la cathédrale. Ses domaines de pratique incluent le droit autochtone, constitutionnel et environnemental. Elle travaille aussi avec des clients autochtones sur plusieurs enjeux, dont la négociation de ressources, l’élaboration de lois communautaires et la conclusion d’ententes pour protéger leur environnement.

Un travail en cours

La chronologie ci-dessus a pour point de mire la participation de SJAG à la CVR, mais il faut savoir que le groupe appuie activement les peuples autochtones depuis son lancement en 2011. Durant les années 1990, le doyen Michael Pitts avaitd’ailleurs attiré l’attention sur les pensionnats indiens. L’Église anglicane s’était excusée pour son rôle. (voir le texte des excuses officielles ici.)

« Ces excuses et leur acceptation par Vi Smith, aînée de la Nation Gitxsan, ont sans doute ouvert la porte au processus de réconciliation à l’échelle nationale », dit Brenda. « L’affiche elle-même a suscité beaucoup de discussions parmi les paroissiens, car pour la première fois, les gens ont commencé à vraiment réfléchir et à poser des questions difficiles au sujet de la cruauté dévastatrice qui a eu lieu dans le système des pensionnats canadiens. »

Le travail de réconciliation et de guérison ne se règlera pas du jour au lendemain. C’est un processus lent et ardu.  Il y a un dicton au cœur des croyances et de la spiritualité des Premières Nations : « Tous mes frêres et soeurs ». Le mot reflète l’interdépendance de tous les êtres et de toutes les races et fait valoir nos valeurs communes de paix et de fraternité. Viser haut ! salue les bénévoles de SJAG qui continuent à se consacrer à la tâche importante de nous aider à développer ensemble des relations respectueuses et inclusives.

SJAG devient ESJAG

Il est de plus en plus évident qu’on ne peut séparer le concept de la justice sociale de celui de la justice écologique. Lors de leur dernière réunion de 2017, les membres de SJAG ont choisi de donner un nouvau nom à leur groupe, celui de « Groupe d’action pour la justice écologique et sociale ». Une composante écologique est inhérente à plusieurs des problèmes abordés par SJAG et c’est particulièrement vrai du travail impliquant les peuples autochtones. Le nouveau nom reflète également l’engagement du groupe à traiter l’environnement comme un enjeu de justice à part entière.

 


Aidez-nous à fournir à nos bénévoles un lieu de travail sécuritaire

Nous avons lancé notre campagne pour payer le coût de réparations urgentes à la flèche et pour faire la mise à niveau du système électrique et de la maçonnerie, dont l’état présentait un danger. Les groupes d’action justice sociale travaillent à partir du bâtiment, dont l’emplacement central est idéal pour mener leurs activités. La diffusion d’informations et la tenue de campagnes de plaidoyer ont souvent lieu lors des grands événements tenus à l’échelle municipale et de foires de rue.

Votre don à la campagne nous aidera à payer les réparations à la maçonnerie et la réfection du toit et nous permettra de moderniser les systèmes d’électricité, de chauffage et d’éclairage. Des sommes recueillies par la campagne, 100 000 $ iront à l’installation d’un ascenseur électronique permettant aux personnes à mobilité réduite d’accéder à la mezzanine dont se servent l’école du dimanche, la chorale et les groupes communautaires. Pour faire un don à la campagne, cliquez ici.


À vous la parole

Êtes-vous membre d’un groupe de justice sociale de la Cathédrale ? Avez-vous fait l’achat de produits équitables du kiosque ou participé à une campagne épistolaire pour défendre les droits de personnes en danger ? Aimeriez-vous partager votre histoire ? Communiquez avec nous à l’adresse Campaign.Communications@montrealcathedral.ca.

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